Didier “Ice” Iceman
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Ce matin, on va parler d’un sujet frais et léger : le cyber harcèlement. Ou harcèlement tout court, tant celui-ci est sorti du cadre d’Internet.
Si vous suivez un peu les réseaux sociaux, il ne vous aura pas échappé que ce weekend, les égouts de Twitter ont débordé.
Et on assiste là à un pan de l’Histoire de Twitter en France qui a ravivé pas mal de mauvais souvenirs. J’ai très mal dormi ce weekend à cause de tout ça, mais je vais essayer de rester objectif.
À cette époque (à partir de 2009) s’était constitué un groupe de mâles blancs propres sur eux qui prenait un malin plaisir à harceler en groupe bon nombre de personnes. Ils n’étaient pas toujours anonymes et avaient un réel savoir-faire dans la méchanceté voire l’ignominie pour certains.
Leurs cibles étaient variées, mais ils s’en prenaient beaucoup aux femmes, notamment des journalistes ou des influenceuses de l’époque. Et dans une moindre mesure à des hommes qui ne faisaient pas partie de leur petite élite de Bro.
Des personnes influentes que je suivais à l’époque comme MarionMDM, Capucine Piot ou Florence Porcel subissaient de plein fouet toute la haine de ce désormais célèbre « Club du LOL » (c’est comme ça qu’ils se sont baptisés).
Je le sais, car je voyais les tweets passer et j’étais aussi comme d’autres blogueurs de l’époque, visé aussi par leurs messages. Et ces êtres malintentionnés étaient nombreux, bien au-delà d’un « club » quelconque et s’entrainaient les uns les autres dans leurs délires haineux.
Mis à part 2 menaces de mort à mon encontre, plusieurs mails anonymes, le pourrissement systématique des commentaires de mon blog, des articles entiers sur des blogs déblatérant de la merde sur moi, et quelques détournements de photos, le reste était en grande majorité constitué de petites réflexions, de sales blagues, d’analyses biaisées de mes écrits, de méchancetés ou de moqueries qui prisent séparément pouvaient sembler méritées, anodines, ou d’un niveau de cour de récré. Du trolling.
Mais ce qui faisait vraiment la violence de tout cela, c’était la répétition et le nombre de personnes. C’était terrorisant. Nous étions figés, tous victimes et incapables de nous soutenir les uns les autres par peur que le projecteur se braque à nouveau sur nous.
Et malheureusement, quand on faisait l’erreur, comme moi, de se défendre tout seul, comme on le pouvait, on ramassait x10 en haine, car ces messieurs avaient tous leurs fans, leur communauté, leurs amis Bro comme eux, bien ravis chaque jour d’avoir de nouvelles personnes à lyncher.
Depuis ce weekend donc, de nombreuses histoires commencent à émerger. Majoritairement beaucoup de témoignages de femmes qui on subit les assauts racistes, sexistes, haineux de ces « stars du net » de l’époque. Et des témoignages aussi de « twittos » ou de blogueurs comme moi qui ont subi un déferlement de haine, ce qui a même poussé certains à abandonner la partie. J’ai même un copain blogueur qui a eu le droit à une tentative d’intrusion chez lui de la part d’un des amis de ces gars. Le délire.
À titre personnel, les conséquences ont été nombreuses : Perte de confiance en soi, l’impression d’être une sous merde, une grosse déprime, la fermeture des commentaires de mon site, et une mise en retrait de mon « personnage public » pendant un moment.
Et j’en suis conscient, tout ceci n’est rien comparé à ce qu’on vécu certaines femmes. J’ai bien conscience de n’être qu’un genre d’effet de bord de cette meute de chiens. J’étais, comme d’autres gars dans mon genre, un « truc à la mode » à ce moment-là et il fallait me casser. Les véritables victimes de leurs agissements, de leurs moqueries, de leurs appels au viol, de leurs montages photos, c’étaient bien les femmes, influenceuses ou non, présentes aussi sur les réseaux.
Et à les entendre à l’époque, tout cela n’était qu’humour noir, blagues, insouciance…
Conneries oui.
Puis le blocage systématique sur Twitter de tous ces connards aidant, le temps est passé et ça s’est calmé pour moi. Mais en revoyant les pseudos et les avatars de certains sortir publiquement ce weekend, je peux vous dire que je ne me suis pas senti bien. Attention, certains sont toujours actifs aujourd’hui, scrutant encore la moindre de mes phrases pour s’en moquer sur leur compte Twitter, mais ils n’apparaissent plus sur mon radar à cons.
Que toute cette merde déborde et que des gens extérieurs à tout cela reconnaissent qu’il y a eu une réelle souffrance pour leurs victimes, c’est déjà un grand pas. J’ai aussi vu des excuses des uns et des autres passer, mais elles puent le calcul et il n’y a rien de sincère dans celles-ci.
Il est facile de rédiger des excuses pleines de bons sentiments, 10 ans plus tard, quand le masque tombe, alors que pendant des années, tu riais ouvertement et en toute impunité de tous ceux qui te disaient que ce n’était pas bien et que tu étais une ordure. Pour moi, ces excuses tardives des uns et des autres ne valent rien.
La plupart de ces harceleurs sont calculateurs, manipulateurs, sans aucune empathie pour leurs victimes. Et pourtant leur visage social est joyeux, souriant, humoristique, cultivé, sympathique. Ils occupent quasiment tous de bons postes où ils peuvent dominer et il est impossible de les démasquer tant que l’on n’a pas été une de leur cible.
Et ces excuses qu’ils balancent à tour de bras depuis samedi sont toutes rédigées avec froideur pour calmer la foule. Ça se ressent entre chaque mot.
Je vous rassure, tous les noms ne sont pas encore sortis. Ne comptez pas sur moi pour le faire ici. De toute façon, si vous me suiviez moi, ou d’autres blogueurs de la belle époque, vous les connaissez. Vous avez pris ma défense, ou vous avez ri avec eux, apportant votre petite pierre au harcèlement. Je ne vous en veux pas, vous ne pouviez pas vous en rendre compte.
Et si vous cherchez des preuves aujourd’hui, vous ne trouverez plus grand-chose, car ils ont bien pris soin de nettoyer depuis longtemps leurs réseaux sociaux et leurs blogs.
Par contre, ce qui me fait vomir, c’est de voir leurs tweets actuels sur cette histoire de #LigueDuLol où ils s’offusquent publiquement alors qu’ils ont eu le même comportement à l’époque que les personnes démasquées. Leurs cibles étaient différentes, c’est tout.
Si le sujet vous intéresse, et que vous voulez creuser pour soutenir les victimes et comprendre ce qui s’est passé, il y a un super thread Reddit sur le sujet qui regroupe beaucoup de choses.
Pour conclure, j’aimerais vous dire que ce genre de harcèlement arrive partout, tout le temps. Au boulot, à l’école, sur le Net, dans vos communautés. Et ça fait mal, ça détruit, ça peut mener à la dépression ou pire au suicide. Alors si vous voyez des gens devenir des moutons noirs, se faire moquer par d’autres personnes de manière répétée, même si vous les pensez fortes et au-dessus de ça, et bien allez vers elles et tendez leur la main.
Bonne journée !
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J’ai commencé à empiler mes petites courses de fin de semaine sur le long tapis quand je les vois arriver derrière moi, un couple de gens pratiquement aussi petits que moi et avec juste quelques articles dans les bras. Je suis loin d’avoir rempli le caddie, mais bon, y a pas photo, pour eux, ce sera l’affaire d’une minute, alors je recule ce que j’ai déjà déposé sur le tapis et je leur propose de passer avant moi. À moi, ça ne me coute pas grand-chose, quelques petites minutes de mon temps qui n’est pas si précieux que cela, mais pour les gens que je laisse passer, j’aime à penser que c’est le genre de petit geste qui surprend, qui fait plaisir un peu, quelque chose comme une petite éclaircie de rien dans une journée maussade.
Ils acceptent tranquillement et je vais pour recommencer à organiser mes affaires dans le sens croissant de la fragilité quand je vois un homme un peu plus vieux — mais pas tant que ça ! — que moi qui arrive avec trois bricoles dans les mains.
J’ai tendance à pratiquer la courtoisie alternative dans l’espace public. Par exemple, si je suis coincée dans un ralentissement et que des gens sont encore plus bloqués que moi à un stop sur ma droite, j’en laisse passer un avant de continuer, comptant sur celui qui me suit pour appliquer la même règle tacite d’un sur deux. Donc, j’ai déjà fait ma BA du jour avec mon petit couple et j’aurais tendance à me dire que j’ai fait ma part. D’un autre côté, c’est complètement con comme raisonnement. Le type, il a juste de quoi se taper un diner bien frugal dans les pattes et ce ne serait pas super juste de le laisser poireauter derrière moi. Oui, pourquoi les autres et pas lui ? Comme si ces deux minutes de plus allaient me manquer ne serait-ce que ce soir.
Le gars est un peu plus étonné que les gens d’avant, me répond que je ne suis pas obligée. Je suis d’accord avec lui, mais d’un autre côté, ce n’est pas important, je n’ai pas un rendez-vous urgent dans la seconde, mais c’est comme il veut… Je décale mon tas et là, arrive une femme de mon âge avec deux baguettes à la main. Elle sourit, parce qu’elle m’a vue laisser passer les deux précédents et qu’elle pense que j’ai explosé mon quota, un truc dans le genre.
« D’accord, c’est mon soir : tout le monde n’avait qu’une bricole à acheter… et que voulez-vous que je fasse ? Sinon, c’est la punition du dernier arrivé : il n’a rien fait de particulier, il est juste arrivé après tous les autres. C’est bon, allez-y ! Je ne suis pas à 5 minutes de mon temps. D’ailleurs, quelqu’un qui en est à 5 minutes de son temps, c’est un peu triste pour lui, non ?
— Ah, mais si cela avait été hier soir, j’avais un caddie plein. Mais j’oublie toujours de prendre quelque chose ! »
J’ai donc laissé passer 4 personnes devant moi et quelque part, je me trouve d’une très grande générosité. Je raconte à la dernière arrivée que j’espère que la suivante aura un caddie conséquent, parce que sinon, je ne réponds plus de rien, histoire de blaguer sur l’affaire quand je remarque du coin de l’œil que contrairement à mes prévisions, notre file n’avance plus du tout.
Le petit couple semble en grande conversation avec le caissier et je me rends compte à ce moment qu’ils sont en train de négocier ce qu’ils doivent laisser au magasin. Sur la caisse voisine, ils ont déjà lâché le PQ, le pain, mais manifestement, ce n’est pas suffisant et ils doivent arbitrer entre la bouteille d’huile et le café.
Et là, brutalement, je me sens comme une merde avec mes problématiques de file d’attente et mes vannes à 3 cents d’euros sur les petites courses et les gros caddies. Parce que même si je ne roule pas sur l’or, même si j’ai de belles années de galère au compteur — mais de plus fastes aussi ! —, j’avais eu la morgue de la petite bourgeoise en oubliant que pour de plus en plus de mes concitoyens, les courses d’appoint, ce n’est pas quand on a oublié un truc, c’est juste la manière dont on tente de survivre un jour de plus. J’ai oublié que le 2 du mois, les allocations diverses ne sont toujours pas tombées et que toutes les réserves sont au plus bas. Je fais attention, je compte, mais je ne suis pas étranglée au collet jour après jour, sans aucun espoir d’une amélioration, voire d’une simple pause dans l’extrême précarité de la vie.
Et là, je m’en veux, mais je m’en veux d’une force ! C’est sympa de distribuer des sourires dans les files d’attente, de parler aux gens, mais sans déconner, quelque part, c’est presque pire que rien. Tout le monde regarde ailleurs avec pudeur, avec honte, avec embarras aussi. Comme j’ai arrêté de faire du bruit avec ma bouche, on n’entend plus que la musique sirupeuse qui dégouline mochement du plafond et la voix du caissier qui explique qu’on ne peut reposer que certaines catégories de produits et pas d’autres et je vois qu’en plus de ne pas avoir de fric, ils risquent de repartir avec des trucs qui, ensemble, ne leur serviront à rien.
Là, je me dis que je pourrais allonger les 5 € qui leur manquent pour repartir avec ce qu’ils jugeaient indispensable, je pourrais vraiment, mais en même temps, je me dis que ça risque de leur rendre tout ça encore plus insupportable. Genre : on n’est pas des mendiants, merde, mêle-toi de tes ognons !
L’autre jour, je me disais que je devrais me glisser un billet de 5 € dans la poche, justement pour ce genre de situation. Ce n’est pas la première fois que je vois des gens manquer d’argent à la caisse et quelque part, si tu fais semblant de voir un truc qui est tombé par terre derrière eux, que tu te penches et que tu leur files le billet, ça pourrait passer.
Ou alors, c’est encore pire.
Je n’en sais rien. Je n’ai pas planqué d’argent de secours dans ma poche arrière et je n’ai pas ouvert ma gueule pendant qu’ils triaient leurs pauvres courses devant nous. Ils ont fini par partir en laissant plus de la moitié de leurs affaires derrière eux. Une femme avec un gros caddie s’est finalement glissée derrière moi. Le type tout seul est passé sans que je le remarque et la femme de mon âge a payé ses deux baguettes avec de toutes petites pièces jaunes et rouges qu’elle comptait méticuleusement. Du coup, je me suis demandé si elle était vraiment passée la veille avec un gros caddie et si elle n’avait pas caché son exaspération devant mon babillage d’andouille lénifiante et bienheureuse sous le masque de son sourire.
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