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07 Jul 06:38

Au fond, pourquoi Hollywood déteste à ce point le football ?

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Au fond, pourquoi Hollywood déteste à ce point le football ?
Alors que l'Amérique vibre depuis le 11 juin avec sa Coupe du Monde, Hollywood ne comprend toujours pas le sport le plus populaire du monde. Et la raison n'est pas nécessairement celle que vous pensez. ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌
Alors que l'Amérique vibre depuis le 11 juin avec sa Coupe du Monde, Hollywood ne comprend toujours pas le sport le plus populaire du monde. Et la raison n'est pas nécessairement celle que vous pensez.

Chaque samedi, on décortique l’actu ciné de la semaine — et on parle de films, aussi.

Au menu cette semaine, un snobisme américain envers le foot qui se traduit dans le cinéma, 10 films en dehors d’Hollywood qui parlent intelligemment du ballon rond, une semaine un peu maigre côté sorties, on compare le nouveau jeu 007 à la saga de films, des recos, une révolution sur un gros bateau, et plus encore.

LES ACTUS DE LA SEMAINE

Si vous faites partie de cette drôle de catégorie de personnes, autant cinéphiles que footeuses — comme notre ami Maximilien d’Allociné et, dans une moindre mesure, celui qui vous parle ici, Arthur —, vous devez passer un mois de juin délicieux malgré les températures. Si vous êtes un vrai amoureux du ballon rond, vous avez nécessairement vu passer sur vos feeds de réseaux sociaux des extraits de l’émission américaine de la CBS accompagnant la diffusion des matchs, avec Micah Richards et notre Titi national. Si oui, alors ce vieil extrait est fait pour vous ! C’est sur YouTube Shorts, impossible à insérer dans la newsletter, mais vous l’avez en lien juste ici.

Vous ne connaissez aucun des films cités par les chroniqueurs comme étant leur œuvres préférées sur le foot ? Vous n’êtes pas les seuls. An Impossible Job, de Ken McGill. Jimmy Grimble, de John Hay. À nous la victoire, de John Huston. Trois films pas forcément très connus — le troisième un peu plus, certes. Mais au fond, ces réponses soulèvent un point : est-ce qu’on a, ne serait-ce qu’un, grand film sur le foot ? Un film culte, reconnu, à l’échelle de l’impact du sport ? La réponse est non.

Alors je vous vois venir. Oui, il y a des films qui valent le détour — on en parlera après. Mais globalement, il y a un sujet autour de l’absence de grands films sur le foot. On est ici toutes et tous capables de citer de grands films sur le football américain, le basket, la boxe ou même, d’une autre manière, le golf. Même côté baseball, Hollywood a su produire des récits calibrés et efficaces. Mais alors pourquoi ? Alors que le foot est le sport le plus populaire à travers le globe, et de très, très, très loin, pourquoi n’est-il pas entré dans le grand moule du cinéma ?

La réponse facile serait : les Américains ne parlent que de ce qu’ils aiment, et ils se foutent du soccer. Mais ce n’est pas tout à fait exact. Déjà parce que le sport gagne en popularité depuis plusieurs années, avec de grandes stars jouant en MLS (Major League Soccer, équivalent de la Ligue 1 chez l’Oncle Sam) de manière de plus en plus récurrente — sachant que ça ne date pas de Griezmann et Messi, puisque Henry a joué à New York de 2010 à 2015, et David Beckham à Los Angeles de 2007 à 2013. La Coupe du monde qui se déroule actuellement sur le continent va aussi grandement aider à sa popularité. Et puis, selon ce sondage, le football serait plus populaire auprès des Américains que le golf, le MMA, le tennis et les sports automobiles. Et pourtant, on a bien eu Smashing Machine, Le Mans 66 ou Challengers récemment. Si on voulait troller, je parlerais même de Marty Supreme. Parce qu’au fond, le sport peut n’être qu’un prétexte pour faire exister des personnages. Mais pas dans le foot.

Alors pourquoi ? Plusieurs pistes sont à prendre en compte. Déjà, le cinéma aime les récits de héros, du personnage qui truste l’attention devant la caméra. Les sports non collectifs sont alors plus faciles à représenter à l’écran. Et quand Hollywood parle de sport collectif, il le fait souvent par le prisme de l’individu. Pensez à L’Enfer du dimanche, d’Oliver Stone, qui se concentre sur un coach — c’est un peu plus compliqué que ça, mais le film est quand même porté par Al Pacino. Pareil pour Invictus, qui parle beaucoup plus de l’impact de Mandela, et du capitaine interprété par Matt Damon, que du reste de l’équipe. Du quarterback qui fait le lancer du siècle à la dernière seconde de la rencontre au home run inattendu, le cinéma de sport aime les moments individuels héroïques. Le bon angle pour parler de football serait justement d’éviter cette solitude héroïque et spectaculaire, qui correspond difficilement à ce sport.

Il y a eu des tentatives néanmoins, enfin au moins une notable et d’une grande ambition : Goal, de Danny Cannon. Sorti en 2005, le film a certes eu deux suites, quand bien même le box-office était déjà bien en deçà du seuil de rentabilité dès le premier — notamment aux États-Unis. Et plus encore, les retours critiques et publics n’étaient pas au rendez-vous. Attention, le film est culte pour une petite frange de footeux, et on peut le comprendre. Le film veut vraiment être une forme de grand récit, presque à la Rocky, sur fond d’intégration de la diaspora latino aux États-Unis, et ailleurs, avec pléthore de caméos (dont Beckham dans le premier).

On pourrait expliquer cet échec par le marketing, par des soucis d’écriture, par le fait qu’il n’est peut-être pas sorti au bon moment. Mais si on creuse le sujet, on peut trouver d’autres raisons qui rendent le soccer rare du côté du septième art américain — oui, car, vous le verrez, l’Angleterre notamment (mais pas que) a su nous fournir quelques pépites. Dans la comédie, le drame social, et dans beaucoup de documentaires. En fait, les œuvres que l’on pourra lister n’abordent pas le football comme la graaaaaande majorité des films sans se concentrer sur un individu précis comme indiqué plus haut. Pas besoin de faire de l’analyse de comptoir pour savoir qu’un but, quand bien même la balle va au fond du filet grâce à un joueur, est l’objet d’une action collective : une récupération, un appel, une passe, une erreur, un déplacement qui libère un peu l’espace, ou plus encore.

Outre ce couac d’écriture, qui ne correspond pas au modèle américain, peut-être peut-on trouver une autre limite. Et si le football n’était pas très cinématographique ? Déjà, d’un point de vue narratif. À l’inverse du football américain, du baseball ou même du basket, le football n’a pas de pause. Ce sont deux fois 45 minutes. Pas de quart-temps, pas de break, et donc pas de respiration où le coach peut formuler le discours qui rebooste tout le monde, pas d’embrouille entre joueurs facile à mettre en scène. C’est plus difficile de faire monter l’émotion quand on entend juste un entraîneur crier : « À GAUCHE ! IL Y A UN TROU ! »

En dehors de la narration, on peut aussi se poser la question de la facilité à mettre en scène le football, ou à simuler des actions. C’était une des raisons pour lesquelles le film français sorti en 2023, Marinette, sur la figure de Marinette Pichon, grand nom du football féminin français, était bien plus réussi que la moyenne : l’actrice principale, Garance Marillier, jouait en club depuis plusieurs années avant de tourner le film. Elle a tourné la grande majorité des scènes elle-même, parfois en plusieurs prises, pour qu’en fonction des angles, on ait la même trajectoire de balle — ce qui était un sacré challenge pour elle. Mais on ne peut pas en demander tant aux autres. Quand un acteur ou une actrice doit faire semblant de savoir manier le ballon, le cinéaste a souvent recours à un découpage ultra lambda et très chorégraphié, peu naturel et peu crédible. La technique de jeu réelle, en termes d’appuis, de conduite de balle, d’orientation du corps, du bassin, des jambes, de regard avant ou après réception, est bien plus difficile à simuler qu’une grande majorité de techniques sportives. Surtout qu’en réalité, sur 90 minutes, le nombre d’actions vraiment spectaculaires ou de changements de score rendant le visionnage insoutenable est rare. Comparez le nombre de buts au nombre de paniers d’un match de NBA, vous comprendrez…

Ce n’est pas pour rien que les meilleurs segments fictionnels rattachés à ce sport sont les publicités, où l’on voit de vrais joueurs utiliser leur maestria. Pire encore : le vrai football est toujours mieux filmé que sa version cinéma. C’est l’un des sports les mieux captés — si le sujet vous intéresse, Charles Tesson, des Cahiers du cinéma, a beaucoup creusé la question de l’évolution de la captation du football —, en perpétuelle évolution et amélioration. Plans serrés de tous les côtés, travelling de caméra flottante au-dessus du terrain, ralentis depuis l’intérieur des filets : depuis cette Coupe du monde, on a même la caméra embarquée sur le visage de l’arbitre… Les possibilités sont immenses, et une caméra de fiction pourra difficilement faire mieux. Surtout que le football est un sport d’espace vague, où la caméra doit retranscrire les écarts entre les individus se creusent entre les joueurs. Alors que le cinéma ne voudrait, par nature, que se concentrer sur l’action, donc le ballon. Antinomique, tout bonnement.

Et je parlais du nombre d’actions spectaculaires ; en revanche, on a eu des scénarios parfois plus fous que ce que la fiction peut se permettre. Repensez à la remontada de Barcelone contre Paris, ou au score entre le Brésil et l’Allemagne en 2014, mais aussi au coup de boule de Zidane, à la main de Pelé, la finale de la Coupe du monde 2022… Quand la réalité est plus forte que la fiction, est-ce utile d’essayer de la mimer ?

Bref, pour plein de raisons, Hollywood continue de croire que le soccer n’est qu’un sport comme les autres, qui mériterait d’être traité avec une grammaire qui n’est pas la sienne. Face aux échecs commerciaux, il aurait donc abdiqué. Heureusement, le cinéma ne se fait pas qu’à Hollywood.

Une fois qu’on dit ça, effectivement, on peut trouver de très bons longs-métrages en dehors du grand Hollywood. Et donc des objets un peu plus originaux que de simples films traitant frontalement du ballon rond.

La preuve par 10 :

Shaolin Soccer, de Stephen Chow (2001)

L’évidence. Quand on pense film de foot, c’est le premier qui vient en tête. Parce qu’il est culte pour toute une génération. Et s’il fonctionne, c’est parce qu’il épouse deux genres, le film de sport et le film de kung-fu. Les séquences de jeu deviennent un terrain d’expérimentation génial, sorte d’adaptation live-action bourrine (et hilarante) d’Olive et Tom en gros. Le tout au milieu de séquences comiques mêlant absurde et cartoon à la Looney Tunes.

Looking for Eric, de Ken Loach (2009)

De prime abord, quand on voit que le sujet du film est le rapport à l’identité d’un fan, on pourrait présumer que cela va traiter de l’amour du football et de lien entre supporter et célébrité. Sauf qu’on parle de Ken Loach, donc cela sera forcément traité par le prisme du cinéma social, sur la solidarité des travailleurs et du besoin de sortir du grand capital. Cantona ce gaucho, en gros.

Mercato, de Tristan Séguéla (2025)

Le cinéma français n’est pas en berne sur le sujet non plus. On voulait éviter le classique et facile Coup de tête. Et il se trouve que ces dernières années, le sport a été pas mal représenté dans les productions francophones. On citait plus haut le biopic sur Marinette, on pourrait aussi vous parler de Bombonera (film sur le streetfoot qui sort le 5 août prochain en salle et qui est intéressant sur sa mise en scène d’un terrain de rue plus petit et étroit). Mais le plus original, qu’importe que l’on aime le produit fini ou non, reste le thriller sur le monde des agents et du mercato porté par Jamel sorti l’année dernière, sorte d’Uncut Gems moins énervé mais pas déméritant. Suffisamment original pour mériter d’être ici en tout cas.

Next goal wins, de Steve Jamison et Mike Brett (2014)

On a voulu ne prendre qu’un seul documentaire, parce que bon, pour le coup, c’est pas ça qui manque dans le football. Sauf qu’en docu, on traite soit d’un joueur (façon Maradona par Asif Kapadia, ou Zidane, un portrait du XXIème siècle), soit d’une histoire d’un grand club. Mais dans le lot, Next Goal Wins reste le haut du panier. On ne parle pas de sa version fiction par Taika Waititi un peu gênante mais bien du récit originel de cette équipe de Samoa humiliée 31-0 qui essaie de revenir dans la compétition après avoir passé des années à être considérée comme la pire équipe du monde. Voilà, ça, c’est notre football.

Bend it Like Beckham, de Gurinder Chadha (2002)

La carte nostalgie y est pour beaucoup. Mais ce film culte reste pour une génération entière, pour plein de raisons particulières. Récit d’émancipation féminine dans un monde masculin, d’affirmation face à des figures parentales qui s’opposent à ses rêves, et de mixité sociale, on accepte les clichés face à ce grand succès populaire qui compte dans la carrière de Keira Knightley. L’a-t-on revu depuis sa sortie ? Non…

Offside, de Jafar Panahi (2006)

Presque 20 ans avant sa Palme d’Or, le cinéaste iranien recevait un Ours d’argent à Berlin mérité pour un récit dénonçant la misogynie de son pays, à travers un prisme très particulier : l’accès aux stades. Des citoyennes voulant assister à un match doivent se faire passer pour des hommes pour accéder au terrain — en vain. Peu de football, mais une sororité sur fond de ballon rond qui touche toujours juste, surtout quand elle est signée Jafar Panahi.

Escape to Victory, de John Huston (1981)

L’un des films qui a enclenché cette réflexion, car cité par notre cher Titi. Mais celui-ci déroge un peu à la règle énoncée plus haut du film hollywoodien raté grâce à deux choses : en inscrivant son récit dans un cadre historique particulier (largement inspiré du match de la mort, soit l’histoire d’un match entre des détenus d’un camp nazi en 1943 et des généraux allemands, qui mènera à une tentative d’évasion), donc traité avec une trame un peu plus large qu’un simple exploit personnel ; et surtout, en mettant aux côtés de grands noms du cinéma comme Sylvester Stallone ou Michael Caine de vrais footballeurs comme Pelé ou Bobby Moore. Le bon élève de la bande.

Hooligans, de Lexi Alexander (2005)

Pareil, un récit issu de la vague des années 2000, qui peut avoir vieilli, mais qui traite d’un sujet auxiliaire : le hooliganisme, et la violence des supporters dits ultras. Sûrement que le long-métrage est daté sur son rapport à la violence, mais on voulait que cette liste soit complète sur les sujets abordés. Et puis bon, Elijah Wood et Charlie Hunnam. Pas le meilleur candidat de la liste, mais on fait avec ce qu’on a.

Diamantino, de Daniel Schmidt et Gabriel Abrantes (2018)

Alors là, pour le coup, en matière de pépite indé peu connue (mais quand même passée par la Semaine de la Critique en 2018), ce film foutraque portugais se pose là. Disons qu’on est sur une satire sur un footballeur superficiel qui accueille un réfugié qui dit être un ado du Mozambique alors qu’il s’agit en réalité d’une agente du FBI lesbienne qui enquête sur une opération de fraude menée par les sœurs jumelles de Diamantino. Le tout avec des chiots géants, de la fumée rose, et plus encore. Ça passe ou ça casse, mais si ça passe, vous pouvez découvrir un autre pan du cinéma footballistique.

Didier, d’Alain Chabat (1997)

Vous croyiez vraiment qu’on allait faire une liste de 10 films originaux sur le foot sans parler de Chabat en chien qui est le meilleur joueur de l’équipe du rabat-joie Bacri ? Vraiment ? On aurait pu citer une autre comédie culte, 3 zéros, qui comprend bien le milieu du football, mais on préfère sa première réalisation de l’ancien Nul, c’est comme ça.

Si ces actus vous intéressent, vous pourrez écouter notre épisode de lundi où on reviendra sur cette histoire d’association entre Apple et A24 sur fond d’IA, mais aussi l’affaire Thomas Lilti, la mort du nouveau film de Luca Guadagnino à cause d’OpenAI, une manière de se passer des distribs aux US, et le lien entre le dernier Spielberg et un film culte de Shyamalan.

LES FILMS À VOIR (ET À ÉVITER) CETTE SEMAINE

Parce qu’une image parle mieux que mille mots… Après, vous pouvez profiter de la fête du cinéma pour contrer la canicule avec des films des semaines précédentes — pour retrouver nos notes sur les films abordés dans l’émission, rendez-vous ici.

09 May 09:13

10 plus petits films cannois à suivre de près (+ 10 Palmes d'or sous-côtées, à voir de toute urgence)

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10 plus petits films cannois à suivre de près (+ 10 Palmes d'or sous-côtées, à voir de toute urgence)
20 films à voir, comme ça. C'est cadeau. ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌
20 films à voir, comme ça. C'est cadeau.

Chaque samedi, on décortique l’actu ciné de la semaine — et on parle de films, aussi.

Au menu cette semaine, des films qui méritent d’être sous vos radars, des Palmes d’or méconnues, un coup de cœur horrifique, une exposition sur le jeu vidéo, un jeu qui a donné une purge cinématographique, et plus encore.

LES ACTUS DE LA SEMAINE

Tous les ans, le grand public se concentre sur les grands noms de Cannes. Et c’est normal. Mais tandis que tous les regards seront jetés vers le casting bien français du Farhadi (Niney, Efira, Huppert, Cassel, et plus encore) et le James Gray avec Scarlett Johansson et Adam Driver, ou vers des films bien françouillet qui vont faire causer partout (le film sur Samuel Paty, ou sur De Gaulle, par exemple), d’autres films moins attirants de prime abord vont faire parler à Cannes. Ou a minima, vont intriguer les plus cinéphiles de la bande.

Si vous n’avez pas suivi de trop près la sélection de cette année, on vous présente 10 films en dehors de la Compétition officielle et des films connus/reconnus qui, on espère, fera partie des plus puissants de l’année.

Butterfly Jam, de Kantemir Balagov (Quinzaine des cinéastes, diffusé le mercredi 13 mai)

Troisième long d’un cinéaste russe littéralement élève de Sokourov, qui a connu ses lettres de noblesse après le choc de la diffusion de son deuxième film Beanpole en Un certain regard en 2019 (reparti avec le Prix de la mise en scène mérité), mais son premier en anglais — accompagné de Barry Keoghan, Riley Keough, Harry Melling et Monica Bellucci (!). Une histoire de gosse qui veut faire du catch et qui va se retrouver au milieu des querelles de son père restaurateur, en gros. On est chauds.

Sexe, adolescents et morts, de Jane Schoenberg (Un certain regard, diffusé le mercredi 13 mai)

Ça, c’est du film d’ouverture. Un certain regard démarrera par le nouveau film de la cinéaste derrière We’re all going to the world’s fair, et surtout la sensation I Saw the TV Glow. Un film d’horreur centré sur une jeune cinéaste travaillant sur un reboot d’une franchise culte et qui, en rencontrant la star de la saga (Gillian Anderson), vont être confrontées au lore de ce qui a fait le succès des films. Avec en bonus, un second rôle donné à Eva Victor, et vous voyez une équipe heureuse.

L’âge d’or, de Bérenger Thouin (Cannes Classics, diffusé le jeudi 14 mai)

Au milieu des films de patrimoine et des documentaires, Cannes Classics est toujours l’occasion de découvrir un nouveau long-métrage de fiction. Comme avec le film détesté (et détestable ?) de Raphaël Quenard I Love Peru. Et comme cette année avec le projet très ambitieux de L’âge d’or, qui est un film historique qui mêlera tournage en prise de vue réelle, images d’archives et VFX complexes pour intégrer le casting (Souheila Yacoub, Vassili Schneider) dans lesdites archives. Intriguant, c’est le mot.

Sanguine, de Marion Le Coroller (Séance de Minuit, diffusé le jeudi 14 mai)

La nouvelle sensation horrifique française, deux ans après le choc The Substance, sera projetée à littéralement minuit le jeudi 14, et on peut s’attendre à une pépite. Une histoire de maladie, de sang, d’internes aux urgences débordés, et plus encore — avec un fort beau casting, constitué de Mara Taquin, Karin Viard, Kim Higelin, Sami Outalbali, Stefan Crepon, ou encore Sonia Faïdi —, par la cinéaste qui avait fait sensation à Clermont avec son court Dieu n’est plus médecin.

Club Kid, de Jordan Firstman (Un Certain Regard, diffusé le vendredi 15 mai)

Il y a des CV un peu niche mais qui font saliver. Imaginez le premier long-métrage de l’acteur principal de l’incroyable Rotting in the Sun et de Charlie dans la série de Rachel Sennott I Love LA, connu pour ses sketchs en ligne piquants et qui a notamment été consultant sur Big Mouth, sur l’histoire d’un promoteur de soirée qui doit s’occuper de l’enfant qu’il ne savait pas qu’il avait. Ajoutez au fait qu’il joue le personnage principal, et qu’il sera accompagné de Diego Calva et Cara Delevingne (entre autres), et vous comprendrez pourquoi on est déjà assis en Debussy.

Le journal d’une femme de chambre, de Radu Jude (Quinzaine des cinéastes, diffusé le vendredi 15 mai)

Si vous écoutez le podcast, vous connaissez l’amour d’Arthur pour le cinéaste roumain Radu Jude. Après une année 2025 folle (deux films en salle, Dracula et Kontinental ‘25, en plus d’une rétrospective à Pompidou), ce dernier revient avec un film produit par Saïd Ben Saïd et un casting en partie français contenant Vincent Macaigne et Mélanie Thierry, pour adapter l’œuvre d’Octave Mirbeau. Et vous croyez vraiment qu’on va rater ça ?

La Gradiva, de Marine Atlan (Semaine de la Critique, diffusé le samedi 16 mai)

On a connu Marine Atlan chef op de talent sur des films visuellement à part, comme Nos Cérémonies, L’engloutie, le Ravissement ou encore Les reines du drame. On connaîtra maintenant Marine Atlan comme réalisatrice avec un premier long qui visuellement a l’air splendide, et sur le fond bouleversant. L’histoire d’un voyage scolaire d’une classe de Terminale à Pompéi de 2h30, sur fond d’acceptation, de retrouver ses origines, d’amour, et plus encore.

Clarissa, de Chuko et Arie Esiri (Quinzaine des cinéastes, diffusé le samedi 16 mai)

Vous ne connaissez peut-être pas les frangins Esiri, mais ça ne va pas durer longtemps. Les cinéastes nigérians débarquent avec un deuxième long ambitieux, puisqu’il s’agit d’une adaptation moderne de Mrs Dalloway située à Lagos, avec un casting plus que solide : Sophie Okonedo, David Oyelowo, ou encore Ayo Edebiri (qui disait beaucoup de bien du premier film du duo, Eyimofe, dans son interview dans le Criterion Closet).

Jim Queen, de Marco Nguyen et Nicolas Athané (Séance de Minuit, diffusé le dimanche 17 mai)

Côté film d’animation, même si ça reste un peu maigrichon, on aura le droit à de bien belles choses. Côté Semaine de la critique, il y aura en ouverture l’adaptation du méga succès en librairie In Waves d’Aj Dungo. À la Quinzaine, un film japonais We are aliens qui a l’air fou. En Un certain Regard, le nouveau film de Louis Clichy, co-réalisateur des Astérix animés avec Astier, Le Corset. Mais s’il y a un dessin-animé qu’il ne faudra pas rater, c’est évidemment la comédie queer des studios derrière les Lascars (Bobbypills), parodie géniale sur une contamination du milieu gay d’une maladie rendant hétéro. La séance de minuit la plus génialement bordélique de 2026 pour sûr.

Les survivants du Che, de Christophe Dimitrie Réveille (Séance Spéciale, diffusé le mercredi 20 mai)

L’histoire est folle. Après l’assassinat du Che en 1967 en Bolivie, trois guérilleros parmi ses plus fidèles prennent la fuite pour survivre et essayer de rejoindre le Chili par les Andes. Un parcours de 2400 kilomètres, poursuivis par près de 4000 soldats, qu’ils racontent pour la première dans un documentaire mêlant archive et animation, et narré par Vincent Lindon en VF et Benicio del Toro en VO.

Parce qu’avant de démarrer un Festival de Cannes, rien de mieux que de regarder dans le rétroviseur. Profitons du marathon débile d’Arthur pour que ce dernier vous propose 10 Palmes que vous ne connaissez peut-être pas mais qui méritent toute votre attention :

Quand passent les cigognes, de Mikhaïl Kalatozov (Palme d’or de 1958)

Kalatozov est souvent cité pour son Soy Cuba et ses célèbres plans-séquences dingo. Sauf que six ou sept ans avant, son galop d’essai était encore plus imposant. Sur le papier, Quand passent les cigognes n’est qu’une histoire d’amour déchirée par la guerre et une amitié mise à mal par l’apparition d’un triangle dans cette relation. Sauf que le cinéaste soviétique fait de la magie, il innove. Il invente des méthodes pour filmer, au hasard, un couple montant un escalier en colimaçon (le cadre nous a fait vriller). Les images sont toutes plus virtuoses les unes que les autres. Le tout sur un récit bouleversant. La fusion parfaite du fond et de la forme. L’une des plus belles Palmes, dans tous les sens du terme.

Underground, d’Emir Kusturica (Palme d’or de 1995)

Il y a des films plus grands qu’eux. Underground est un film qui raconte l’histoire d’une nation, d’un pays traversé par trois guerres en 50 ans (deux frontales, une sous-jacente), à travers un simple triangle amoureux, en trois parties (la première drôle et originale, la deuxième intrigante et difficile, la troisième bouleversante à faire chialer 20 minutes après la fin du générique), qui manie un réalisme brutal à un onirisme presque fantasmatique. Un film rempli de vie mais imbibé jusqu’à la moelle de mort. C’est une leçon, ni plus ni moins.

Le Tambour, de Volker Schlöndorff (Palme d’or 1979 ex aequo)

« Gnagnagna, comment on n’a pas pu donner une Palme ex aequo face à Apocalypse Now ? Encore pour un film que personne ne connaît… » Ce type de commentaire, trop lu ou entendu à travers les années, ne peut être dit que par des personnes n’ayant jamais vu ladite Palme. Ce n’est pas possible autrement. On ne peut pas ne pas être estomaqué par la proposition dingue de Schlöndorff, par ce Benjamin Button inversé à la morale contestable mais qui explose toutes les attentes en plein vol, toutes les 10 minutes. C’est une grande proposition de cinéma, d’un cinéma qui n’existe plus et qu’on regrette.

Secrets et mensonges, de Mike Leigh (Palme d’or de 1996)

Rares sont les films capables de nous faire ressentir plusieurs émotions en même temps. Alors imaginez un film qui pourrait vous en faire ressentir autant que possible ? De l’amour, de la pitié, de la tristesse, de la colère, avec un fond d’amusement et d’envie de vengeance ? Comment Mike Leigh et son histoire de femme qui retrouve, par hasard, sa vraie mère qui l’a abandonnée à la naissance (et qui n’a pas la même couleur de peau) peuvent à ce point nous atteindre ? Quel est son secret et pourquoi personne ne se penche pas plus dessus ? Trop de mystère.

Marty, de Delbert Mann (Palme d’or de 1955)

Les larmes. Les larmes de la beauté de la vie. Les larmes de la vraisemblance d’une histoire d’amour aussi simple que déchirante. Les larmes d’un homme qui assume pleurer souvent, régulièrement. Les larmes d’un film si simple, faussement simple, qui est si beau et fort. On ne l’avait pas vu venir, et on en est ravis.

L’épouvantail, de Jerry Schatzberg (Palme d’or ex aequo de 1973)

Film rare, rarement montré, rarement discuté, mais ô combien puissant. On est au début de l’ère Pacino (il vient de faire Le Parrain, qui n’était autre que son troisième long pour rappel, et s’apprête à commencer sa collaboration avec Sidney Lumet). Schatzberg l’a déjà fait briller en junkie à New York, il peut bien le montrer en petit comique nomade (vous avez dit contre-emploi ?) qui traverse les États-Unis avec un comparse croisé par hasard – Gene Hackman, rien que ça. Les laissés-pour-compte, les marginaux. Ceux qui peuplent réellement le pays mais que le cinéma a du mal à mettre en avant. Et que Schatzberg sublime, sans être naïf non plus. Loin d’être le film classique qu’il semble être.

Missing, de Costa-Gavras (Palme d’or ex-aequo de 1982)

On cite souvent Z, jamais Missing. Alors que bon Dieu, Costa-Gavras l’a pas volée, cette fichue Palme. C’est quand même dingue de réussir à faire un film qui est typiquement dans ses codes – un thriller politique sur la répression d’un État face aux individualités, et aux complicités de part et d’autre –, et d’en faire tout autre chose. Car plus qu’une histoire d’homme kidnappé par le nouveau régime de Pinochet, c’est aussi la confrontation entre deux mondes : les jeunes militants et la vieille classe qui refuse de croire aux complots. C’est une réflexion sur l’amour, ce qu’on est prêt à sacrifier pour le retrouver, et l’union que la déchirure peut former (oui, oui). Jack Lemmon ne pouvait être associé qu’à ses Billy Wilder, et Sissy Spacek qu’à Carrie et Malick. Plus maintenant.

Une aussi longue absence, d’Henri Colpi (Palme d’or ex-aequo de 1961)

De prime abord, on ne pensait pas adorer ce film, drame classique du début des années 1960 de la France des campagnes. Et puis est arrivée un...

14 Feb 18:38

Pourquoi le droit ne peut pas protéger Matthew McConaughey de l'IA ?

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Pourquoi le droit ne peut pas protéger Matthew McConaughey de l'IA ?
De nombreux titres de presses ont repris en masse il y a quelques semaines les procédures lancées par l'acteur pour protéger sa voix de l'IA. L'euphorie retombée, on a creusé le sujet avec un ponte du droit à la propriété intellectuelle — et c'est évidemment plus compliqué que ça, et totalement caduque. ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌
De nombreux titres de presses ont repris en masse il y a quelques semaines les procédures lancées par l'acteur pour protéger sa voix de l'IA. L'euphorie retombée, on a creusé le sujet avec un ponte du droit à la propriété intellectuelle — et c'est évidemment plus compliqué que ça, et totalement caduque.

Chaque samedi, on décortique l’actu ciné de la semaine — et on parle de films, aussi.

Au menu cette semaine, on revient sur le grand n’importe quoi de Matthew McConaughey et l’IA, on revient sur la dernière édition du festival de Sundance, les films à voir (et à éviter, surtout) cette semaine, une pluie de recos, un Robert Altman méconnu, une recette de foie avec des haricots et du chianti, et un nouveau marathon à la noix pour Arthur.

LES ACTUS DE LA SEMAINE

Ce qui est un peu tout pourri avec les podcasts, c’est qu’on ne peut pas se taper d’énormes audiences en partageant les dernières infos, communiqués et autres breaking news, parce qu’on arrive après tout le monde. Et ce qui sent vraiment les pieds de Hobbit mort avec les newsletters de podcasts, c’est qu’on arrive après les podcasts qui arrivent après tout le monde. Du coup, on ne peut pas titrer “Oh mon dieu Matthew McConaughey a déposé sa voix et son image pour se protéger de l’IA !”. C’est très triste.

L’avantage, c’est que comme on arrive après tout le monde, on peut prendre notre temps et vous expliquer pourquoi tout le monde vous a raconté n’importe quoi. Oui, absolument tout le monde, de votre vidéaste préféré, en passant par ce twitcheur un peu sérieux, ce média mainstream qui avait l’air de ne pas se foutre de vous, mais aussi cet article qui semblait prendre un peu de recul, sans oublier l’AFP. Mais genre vraiment.

(Tout le monde est tombé dans le panneau © Le Monde)

Le pourquoi est simple. C’est parce que vous n’avez pas le droit d’avoir le droit. Et ces quelques mots sont à prendre au premier degré. Parce que si comme l’écrasante majorité des citoyens de ce pays, vous avez suivi une formation autre que celle de la fac de droit, à aucun moment de votre scolarité, ou de votre formation, ou de votre vie d’adulte, on ne vous a parlé de droit. De ce que cette notion, qui nous fait tous bien peur comme il faut, recouvre.

Bien sûr, vous avez vite fait entendu parler de droit d’auteur, et puis aussi peut-être de droit à l’image. Bah oui, il y a des gens, ils font des œuvres, ils touchent des trucs (qui ne sont pas toujours des femmes mineures ou non consentantes). Ils touchent le droit d’auteur. Le droit à l’image, vous avez dû ou pu en entendre parler si vous vous êtes approché d’une caméra, ou avez vu n’importe quel article, ou fiction, causant de près ou de loin de paparrazade. Mais le droit des marques ? Hein ? Ok. Causons Matthew McConaughey.

Ces dernières semaines, tous les médias, de France, de Navarre et de Trumpland ont fait leur gorge chaude de cette info : Matthew McConaughey aurait déposé son image et sa voix, pour se prémunir de leur usage anarchique par le biais de l’IA. Sauf que devinez quoi, ça ne veut rien dire.

Avant d’aller plus loin, rendons hommage à Yann Basire, directeur général du CEIPI. Kézako le CEIPI ? Cet acronyme étrange mais chatoyant désigne le Centre d’Études Internationales de la Propriété Intellectuelle. Fondé en 1963, composante de l’université de Strasbourg, c’est un des centres de recherche et de formation les plus en pointe du monde et de l’Union européenne en matière de propriété intellectuelle, de droit d’auteur et de droit des marques, qui n’est pas tout à fait pour rien dans la réussite et la puissance de l’EUIPO, l’office en charge de l’enregistrement des marques, basé à Alicante. Votre serviteur a la chance, comme ses petits copains du podcast, d’échanger avec le CEIPI et parfois de travailler à ses côtés, et c’est pourquoi nous avons contacté Yann Basire, histoire de ne pas vous raconter n’importe quoi sur le sujet.

Le premier préalable, c’est un rappel. L’action menée par Matthew McConaughey n’a pas de grande valeur, ou plutôt pas grande valeur chez nous. En effet, s’il a bien déposé des éléments sur lesquels nous reviendrons, en tant que marques, il ne l’a fait qu’aux États-Unis. Or, et quelles que soient les velléités extra-territoriales de nos cousins techno-fascistes d’outre-Atlantique, une marque ou un brevet déposé exclusivement aux États-Unis n’est valable qu’aux États-Unis. La protection des marques est une prérogative territoriale, et McConaughey ne se préoccupant pas des territoires hors États-Unis, son action n’a aucune existence ici, en Europe, en France.

Du coup, Matthew McConaughey a-t-il véritablement protégé sa personne des appétits de l’intelligence artificielle, comme nous le lisons partout depuis quelques jours ? Eh bien non. Pas du tout.

Procédons par étapes. Matthew McConaughey a monté avec son épouse Camila McConaughey une fondation à but caritatif, baptisée JK Livin Brands pour “Just Keep Living”, dont la vocation première est d’accompagner et d’assister des lycéens en leur proposant, je cite, “des outils pour mener une existence active et faire des choix sains pour de meilleurs lendemains”. En décembre 2023, la fondation dépose plusieurs éléments en vue de les faire reconnaître comme des marques. Ceux-ci sont des répliques issues des films dans lesquels a joué l’acteur, comme sa célèbre réplique “Alright alright alright”, entendue dans Dazed and Confused en 1993, ou encore une palanquée de photogrammes du comédien.

Vous l’avez lu, entendu, ou discuté, ces dépôts de marques viseraient à protéger ces éléments de l’usage abusif qui pourrait en être fait via l’IA. Sauf que non, en fait. Déposer une marque ne protège pas contre l’IA. Ça ne sert tout simplement pas à ça. Un dépôt de marque, légalement, ne sert qu’à pouvoir identifier des produits ou services, pour établir que ceux-ci relèvent de la marque déposée ou non. En gros, un usage frauduleux de marque ne peut être qu’une contrefaçon de la part d’une autre marque. Le dépôt de marque ne sert qu’à ça.

Si l’envie vous prend de redoubler toutes vos vidéos d’enfance à coups de “Alright alright alright”, à l’aide d’une IA accessible au grand public, et si la vidéo — fascinante à n’en pas douter — qui en résulte, cartonne sur les réseaux sociaux, donne des suées à l’Académie française et se retrouve convoquée par tous les médias désireux de rendre compte de son succès, vous n’aurez pas attenté au droit de marque de Matthew McConaughey. Parce que n’étant pas vous-même une marque, et ne vendant pas un produit, vous n’avez pas produit une contrefaçon du produit déposé par notre ami acteur.

Autre problème engendré par les choix de notre bien-aimé Matthew. Si celui-ci se retrouve avec un objet déposé (sa voix, plusieurs photos de lui-même) qu’il n’utilise pas, auquel il n’a pas recours en tant que marque, et bien les éléments déposés deviennent, paradoxalement, particulièrement vulnérables.

Imaginons qu’un quidam souhaite ouvrir une chaîne de bars destinés aux survivants des années 90 ayant besoin de réconfort (ils existent), au sein desquels les clients soient accueillis par un enregistrement issu de Dazed and Confused, l’emblématique “Alright alright alright”. Si notre ami Matthew n’a pas trouvé de débouchés pour cet enregistrement, qu’il n’est pas activement utilisé en tant que marque déposée, le créateur de notre chaîne de bars activera une “action en déchéance”, une démarche arguant que si un dépositaire de marque ne fait pas usage de celle-ci, il peut être déchu de son usage. Et gagnerait.

Ainsi, notre glorieuse star ne s’est protégée de rien, voire s’est exposée à se faire déposséder d’éléments qu’il a déposés, mais dont il ne pourra peut-être pas prouver l’usage en tant que marque.

Mais alors, comment, pourquoi, quelqu’un d’aussi financièrement équipé que Matthew McConaughey, dont il n’est pas résolument déconnant d’imaginer qu’il dispose de conseils compétents, peut-il se planter aussi sévèrement en matière de protection légale vis-à-vis de l’IA ? Tout d’abord, parce que le droit des marques tend à être considéré comme un droit d’entre-deux, sorte de “droit poubelle” permettant de déposer tout et n’importe quoi, n’importe comment.

Killian Mbappé ou Cole Palmer peuvent bien déposer leurs gestes de victoires, ceux-ci ne se transforment pas automatiquement en marques. Et oui, ça ne fonctionne pas comme ça. “Allo, t’as pas de shampoing” n’est peut-être pas tout à fait une marque. Il en va et ira de même pour les œuvres, artistes et stars désireux de se protéger. Non seulement l’embolie délirante de dépôts en matière de marque finira par jouer contre eux (un jour nous vous causerons de la décision Superman, mais à chaque jour suffit sa Kryptonite), mais ce type de dépôt a cela de pervers qu’il est avant tout pensé comme une forme de câlinothérapie, doublée d’un étalage de force inconséquent.

En effet, le dépositaire d’une marque, fût-elle absurde, vouée à n’être jamais utilisée ou finalement frappée de déchéance, a l’espoir de bénéficier d’un titre. Voilà la marque, et elle est “alright alright alright”. Et parallèlement, le dépositaire fait œuvre de communication en affirmant haut et fort “ceci est ma marque, utilisez-là à vos risques et périls”.

Un constat d’autant plus navrant, et ce serait un autre sujet, que le droit de la personnalité ou le droit de l’artiste interprète existent déjà, et protègent de moult manières et jurisprudence les productions individuelles rattachées à l’identité, l’activité d’un artiste et/ou d’un individu. 

En gros, l’action menée par Matthew McConaughey n’a aucun sens et ne le protège à peu près en rien. Pourquoi ne vous a-t-on pas dit cela ? Parce que nous manquons de droit. Et pour comprendre, tant les règles qui régissent nos échanges que leurs failles pointées par l’IA et la bêtise des temps, il nous faudra faire mieux, comme dirait l’autre.  

Généralement, on parle de Sundance plus comme un label pour permettre aux cinéphiles du monde entier de comprendre ce à quoi ressemblerait un film “à la Sundance”. Une image de marque. Mais on regarde, trop rarement, les longs-métrages présentés lors du festival à proprement parler. Pourtant, il y avait une sacrée édition en 2026 — la dernière dans l’iconique —, avec le retour de grands noms.

Brièvement, on revient sur 10 films qui ont retenu notre attention, et qui devraient retenir la votre.

Oui bah oui, le grand retour d’Araki. Pendant un moment, on espérait le voir à Cannes ou à Venise. 12 ans après son dernier long, le réalisateur de Mysterious Skin et Nowhere est venu rappeler aux Américains (et à la gen Z) qu’on pouvait parler de cul et de manière crue. Le tout porté par Olivia Wilde et Cooper Hoffman (Licorice Pizza, Marche ou crève). Pas de distributeur pour l’instant mais on prie tout ce qu’on peut.

(On veut, vite)

En parlant de Wilde justement, celle-ci est venue présenter son nouveau film, après le compliqué Don’t Worry, Darling de 2022 et ses quelques polémiques. Et quelle ne fut pas notre surprise de lire la presse dithyrambique sur cette comédie vraisemblablement hilarante sur un dîner entre voisins (Olivia Wilde, Seth Rogen, Penélope Cruz et Edward Norton) qui part en vrille. On a hâte.

(On a pas les mêmes voisins…)

Alors, on sait qu’il faut se méfier des comparaisons un peu trop grossières. Mais ce drame sur un père emprisonné dans un camp de l’Oregon en 1933 prêt à tout pour revoir sa fille est décrit comme un Sorcerer mêlé à The Shawshank Redemption ou Luke la main froide ou encore The Revenant, avec Ethan Hawke dans le rôle principal et Russell Crowe à ses côtés (ne pas faire de blague, ne pas faire de blague). Vu l’unanimité des retours, notre curiosité est piquée.

(Lui, on espère vraiment le voir sur un grand écran)

Si le nom de la cinéaste ne vous dit rien, il est probable par contre que son précédent film vous rappelle quelque chose, puisque le documentaire Fire of Love, sur le couple de volcanologues français des Krafft, avait fait grand bruit. L’artiste revient sur un autre documentaire, aux antipodes — sur le papier seulement —, puisqu’on passe à un auteur islandais et son rapport aux glaciers et à la famille. On est déjà assis dans la salle.

(emoji flocon de neige)

Si l’on en croit les premiers retours et le synopsis un peu flou, on serait sur un conte médiéval où une femme (Olivia Colman) commanderait à un fabricant de paniers (Peter Dinklage) un mari, avant de se retrouver avec un Pinocchio taille adulte fait en osier (Alexander Skarsgård !) qui lui servira d’amant et rendra jaloux tout le village. Une comédie-romantique plus comique que sexy mais qui a séduit le public, et qui nous intrigue pas mal.

(Nous aussi, on veut bien un Alexander à la maison…)

Nous sommes des personnes bien faibles. On adore Charli XCX, avons écouté Brat en boucle pendant des mois — et l’auteur de ces mots est même allé la voir sur scène. Autant dire qu’un mockumentary (faux documentaire humoristique) sur la fin de la tournée, avec un casting qui va d’Alexander Skarsgård (encore lui), Rosanna Arquette, Rachell Sennott, Kylie Jenner et une tétrachiée de cameos, ne peut qu’être alléchant. Distribué par A24 outre-Atlantique, on n’est pas prêt de le voir celui-là — pour l’instant.

Ok les retours presse sont un peu décevants. Mais on parle quand même du retour au cinéma d’auteur de Cathy Yan, réalisatrice du génial Dead Pigs qui a fait un détour vers le blockbuster avec le mesestimé Birds of Prey, dans une comédie visiblement un peu camp, avec Natalie Portman en galleriste qui essaie de vendre un cadavre à Art Basel, et un casting solide (Jenna Ortega, Da’Vine Joy Randolph, Sterling K. Brown, Zach Galifianakis, Catherine Zeta-Jones, et Charli XCX (encore elle!)). Promis, on ne fera pas la fine bouche. Enfin si, mais vous avez compris.

(Le pitch de base est vraiment cool quand même…)

Un autre film qui a pu décevoir, mais qu’on veut absolument voir. Après l’échec en tout point de A Big Bold Beautiful Journey, on se demandait quelle allait être la réponse de Kogonada. Visiblement, il avait déjà anticipé la chose puisque le cinéaste revient avec un drame intimiste à Hong Kong, centré sur une violoniste hantée par son futur. Même si ce n’est pas au niveau de Columbus ou After Yang, ça ne peut que nous réconcilier avec lui.

(On veut pleurer Kogonada, ok ?)

Alors de prime abord, un documentaire sur le béton avait peu de chance de séduire le public d’un festival comme Sundance, et d’attiser notre curiosité. Mais une chose simple : John Wilson. Si vous ne connaissez pas son incroyable série HBO How to with John Wilson, vous ne pouvez comprendre ce dont est capable l’homme. Donc on sait d’avance qu’il va partir dans tous les sens, fournir des séquences de gêne délicieuses et une œuvre qui fait réfléchir sur ce qui fait une ville. Vraiment, on a hâte.

20 Nov 11:34

Le secteur de l’audiovisuel se fédère

by Cécile Vargoz

Les groupes France Télévisions, M6 et TF1, les principales organisations de gestion collective – l’Adami, la SACD, la Sacem et la Scam – ainsi que les syndicats de producteurs – AnimFrance, le SPI et l’Uspa – ont officialisé aujourd’hui la création de « LaFA, la filière audiovisuelle ».

« Dans un contexte de bouleversements profonds du secteur, l’ambition de LaFA est d’assurer la solidité de son modèle économique, d’accompagner sa transformation, de garantir la diversité et le renouvellement de la création, et d’assurer le rayonnement de l’exception culturelle française. » C’est ainsi que pour la première fois, des diffuseurs aussi bien privés que publics, des syndicats de producteurs et sociétés d’auteurs, annoncent se regrouper en filière, afin de produire des « éléments de compréhension » de leur secteur et ses évolutions. Les organisations de LaFA entendent rappeler leur rôle essentiel dans « un accès gratuit et universel à une information de référence, à des créations audiovisuelles enviées dans le monde entier, à une offre riche de divertissements et aux grands évènements sportifs ».

Elles défendent en priorité deux objectifs auprès des pouvoirs publics : « assurer à l’audiovisuel public un financement public élevé, dédié, prévisible et pérenne indispensable au maintien de son indépendance et à l’accomplissement de ses missions  spécifiques et distinctives d’intérêt général ; et favoriser le développement des acteurs privés de la TNT en clair en levant les restrictions réglementaires qui les contraignent sur le terrain de la publicité (…) afin d’orienter les ressources publicitaires nationales vers les médias nationaux et ainsi de garantir la pérennité de leur soutien indispensable à la création et le pluralisme de l’information. »

Parmi leurs autres revendications, figurent la garantie de l’autonomie budgétaire et des missions du CNC ; la pérennité du régime d’indemnisation des intermittents du spectacle ; la préservation des dispositifs de crédit d’impôt ; la promotion d’une intelligence artificielle générative éthique, responsable et respectueuse des droits de propriété intellectuelle ; et le soutien d’un cadre de régulation des plateformes numériques en Europe.

LaFA précisera ses préconisations lors de la publication d’une première étude sur le poids économique de l’audiovisuel français, annoncée pour le printemps 2025. 
L’association est présidée pour deux ans par Rodolphe Belmer, PDG de TF1, entouré de trois vice-président(e)s : Delphine Ernotte Cunci, PDG de France Télévisions, Nora Melhli, présidente du collège audiovisuel du SPI, et Pascal Rogard, directeur général de la SACD.   

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