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SUÈDE • L’échec de l’intégration à la suédoise
Sécurité et méfiance, l’éternel dilemme
FRANK BRIDEL
Un coup d’œil quotidien sur la presse des Etats-Unis montre la vivacité du débat que les politiciens consacrent aux révélations sur le système de contrôle mis en place par la NSA (agence de sécurité nationale) pour tenter de prévenir les attentats terroristes.
Est-il légitime, demandent les uns, de mettre le téléphone de tous les Américains sur écoute pour assurer autant que possible la sécurité ? Non, affirment les défenseurs de la sphère privée contre les investigations de l’Etat. Oui, répondent les cadres de l’agence et les gens qui ne craignent pas ces intrusions parce que, disent-ils, ils n’ont rien à cacher et que le terrorisme doit être combattu avec la plus grande énergie.
Voilà qui nous rappelle, toutes proportions gardées, les affrontements suscités par l’affaire des fiches en 1989 On découvrait que, au temps de la Guerre froide en train de prendre fin, 700 000 organisations et habitants avaient été répertoriés par la police fédérale en raison de sympathies avérées ou apparentes pour le communisme. Dans l’euphorie provoquée par l’implosion de l’URSS, cette forme de maccarthisme avait paru monstrueuse à tout un pan de l’establishment. La violence des censeurs venait de leur naïveté, perpendiculaire à celle des inspecteurs obtus dont le Conseil fédéral s’était gardé de surveiller l’activité et de lire des rapports souvent ridicules. Comme aux Etats-Unis, mais avec beaucoup moins de sérieux et plus de dogmatisme, le dilemme entre sécurité et protection de la sphère privée avait fait rage.
Ce dilemme est de toujours. Il met aux prises les tenants de la liberté maximale face à un Etat méritant la méfiance et ceux pour qui le bien suprême est la sécurité. Ce sont des positions de principe inconciliables en théorie. On ne peut tenter de résoudre leur conflit qu’en fonction des circonstances. Notre affaire des fiches éclatait au moment où la pression soviétique sur l’Europe occidentale était révolue. Rares étaient ceux qui osaient la rappeler, évoquer le rôle des « compagnons de route » et autres « idiots utiles » que les communistes ont toujours tenté de grouper autour d’eux ou à leur suite. Que l’autorité fédérale ait voulu s’en protéger était normal. Ce qui ne l’était pas, c’était la permanence de la surveillance et la médiocrité de ses exécutants. Les « fichés », naturellement, étaient furieux, sauf ceux qui se glorifiaient d’avoir été soupçonnés. On eut grand-peine à trouver quelques personnes ayant apparemment souffert, dans leur carrière, de la suspicion administrative.
Aux Etats-Unis, et à l’échelle du monde entier que menace Al Qaida, les choses sont autrement graves. Chaque attentat tue, blesse, détruit, brave les libertés démocratiques, secoue des autorités aussitôt accusées d’impéritie et de laxisme. Les censeurs de l’administration demandent combien d’attentats, en dix ans, les grandes oreilles de Big Brother ont permis de prévenir. Ils obtiennent des réponses imprécises qu’ils contestent.
La question, pourtant, est légitime, mais pose un problème supplémentaire : dans quelle mesure la police, partout, est-elle tenue au secret absolu et constant? Son efficacité serait-elle compromise si elle tentait de se donner une politique d’information prudente, certes, mais qui, espérons-le en l’occurrence, pourrait annoncer avec quelque exactitude des résultats probants.
Je suis de ceux qui, n’ayant rien à cacher et me sachant de toute façon espionné par des commerçants qui veulent connaître mes goûts pour me séduire, je pense que la sécurité, quand elle est gravement menacée, peut avoir le pas sur le respect de la sphère privée, moyennant des cautèles et un contrôle judiciaire qui sont d’ailleurs institués aux Etats-Unis, sans qu’on puisse juger de leur efficacité. Mais je crois que les excès du secret méritent d’être combattus, partout, pour que les peuples plus ou moins souverains puissent peser sur une balance aussi fine que possible des intérêts toujours difficiles à équilibrer.
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