Un peu plus de 110 millions d’euros : c’est, environ, le produit rapporté par le contrôle fiscal, en 2014 en Haute-Normandie. 73 millions en Seine-Maritime, près de 38 millions dans l’Eure. Comme le leur autorise désormais l’État, les DDIFP (Directions départementales des finances publiques) révèlent en effet les sommes parfois considérables que représente le non-respect - volontaire ou pas - du devoir fiscal.
Qui est contrôlé?
Malgré la volonté de transparence, certaines données restent confidentielles. À commencer par le nombre de contrôles effectués. Ce dernier obéit à un objectif chiffré « que nous ne sommes pas autorisés à révéler, précise la directrice régionale des finances publiques, Marie-Françoise Haye-Guillaud. Mais cet objectif n’est pas financier, il concerne uniquement le nombre de contrôles », précise-t-elle. Par ailleurs, l’exigence de résultats vise « uniquement les contrôles externes » (lire par ailleurs).
Le choix de cibler tel contribuable ou telle entreprise « n’est pas arbitraire », assure Marie-Françoise Haye-Guillaud. « Nous veillons à ce qu’aucune zone géographique, aucun secteur professionnel n’ait le sentiment d’impunité. On met souvent l’accent sur l’économie souterraine dont souffre le milieu du BTP, mais on trouve aussi parfois des paiements en liquide non-déclarés dans les professions médicales. »
Selon la direction régionale des finances publiques, 80 % de l’ensemble des contrôles fiscaux visent « une activité industrielle ou commerciale », 10 % les professions libérales, le reste se répartissant entre les particuliers, les SCI (Société civile immobilière), etc.
Les moyens de « ciblage » sont parfois très simples. « Nous recevons par la préfecture la liste des véhicules polluants, ce qui nous permet de repérer les plus grosses cylindrées, type Ferrari, Porsche, explique Marie-Françoise Haye-Guillaud. Nous vérifions la concordance avec les déclarations de revenus. »
Contrôles externes et sur pièces
L’administration distingue les contôles externes, menés par ses équipes au sein même des entreprises, chez les experts-comptables ou chez les particuliers, des contrôles sur pièce, effectués directement dans les murs du Trésor Public.
En Seine-Maritime, les contrôles externes ont produit un résultat de 35 millions d’euros, pour 38 millions récoltés via les contrôles sur pièce. Dans l’Eure, ce rapport s’établit à 11 millions d’euros pour les opérations externes, environ 27 millions pour les contrôles sur pièce.
S’agissant des contrôles externes, le redressement moyen est évalué à 40 000 € en Seine-Maritime, 48 300 € dans l’Eure. Une vingtaine de dossiers, sur l’ensemble de la région, dépasse en 2014 les 300 000 € de droits exigés.
Droits et pénalités
Là encore, les sommes dévoilées par la direction des finances publiques se distinguent en deux catégories. D’une part, celles réclamées dans le cadre d’un rappel de droits, de l’autre les pénalités infligées aux réfractaires. Seule les chiffres transmis côté Seine-Maritime détaillent toutefois la distinction : 15 millions d’euros de pénalités ont été exigées dans le département sur l’année 2014. « La plupart, les gens ont fraudé par omission. Quand la bonne foi est attestée, la majoration est de 10 % », rappelle Marie-Françoise Haye-Guillaud. Ce surplus réclamé passe à 40 % lorsque les manquements s’avèrent délibérés, « de type rétention de TVA ».
En cas de fausses factures, de recours au « black », « d’intention de nuire » avérée selon Marie-Françoise Haye-Guillaud, la pénalité passe alors à 80 %. Voire à 100 % quand l’infraction s’accompagne d’une obstruction au contrôle. Ces situations - rares - peuvent aboutir en justice, si l’administration fiscale décide de porter plainte. Ce fut le cas à douze reprises l’an dernier en Seine-Maritime.
Fraudes et activités occultes
La fraude prend de multiples visages, du plus classique au plus élaboré, tel que « les sociétés de droits étrangers qui ne paient pas d’impôts ici alors qu’il s’avère qu’elles mènent une activité permanente en France », détaille Marie-Françoise Haye-Guillaud. « Dans ces circonstances, nous avons effectué un redressement à 600 000 € ! »
Plus commun : les fausses factures « pour obtenir des remboursements de crédits de TVA ». Le dossier le plus lourd, dans ce cas, grimpe à 280 000 € en Seine-Maritime.
Impôt patrimonial
La direction départementale des finances publiques de Seine-Maritime dispose, depuis le 1er janvier, d’un pôle uniquement dédié au contrôle patrimonial, composé d’une trentaine d’agents répartis entre Rouen et Le Havre. « Nous étions département expérimentateur. Le dispositif s’est avéré probant et se trouve généralisé au niveau national », se félicite Marie-Françoise Haye-Guillaud.
Dix millions d’impôts patrimoniaux ont été réclamés en 2014 par l’administration fiscale seinomarine : dans la grande majorité des cas (70 %) pour des droits de successions « très souvent sous-évalués », mais aussi pour des situations d’ISF (Impôt sur la fortune) sous-déclarées (25 %). Dans l’Eure, les rappels d’impôts patrimoniaux se chiffrent en 2014 à près de 9,2 millions d’euros.
Rendre l’impôt « acceptable »
Marie-Françoise Haye-Guillaud, directrice des finances publiques de Haute-Normandie (et directrice départementale pour la Seine-Maritime) depuis le 1er septembre dernier, se prête bien volontiers à ce nouvel exercice de communication.
Elle en inaugura même le principe, il y a un an, lorsqu’elle officiait aux mêmes responsabilités dans le Gard. Trop de « tabous », de « mystères » entouraient jusqu’à présent la question du contrôle fiscal, selon elle.
Ce soudain besoin de communiquer répond avant tout à une époque où l’équité et la légitimité de l’impôt se sont vues remises en cause, à la lumière des différents scandales politico-fiscaux et de mouvements de contestation (Bonnets rouges, « sacrifiés » chez les artisans-commerçants, etc.).
« L’acceptabilité de l’impôt passe par le sentiment d’équité, de justice », affirme Marie-Françoise Haye-Guillaud. Les statistiques du contrôle fiscal visent ainsi à démontrer le souci constant de cet équilibre, même en période de rigueur budgétaire. « Les services de contrôle fiscal ne sont pas concernés par les réductions d’effectifs », assure la directrice régionale.
Civisme fiscal
Cette exigence d’impartialité n’en est pas moins confrontée à la réalité du contexte national, quand les tentatives de soustraction au devoir fiscal illustrent aussi les difficultés économiques que rencontrent tant d’entreprises. « Nous sommes là pour avoir des échanges courtois avec les entreprises, il est nécessaire pour nous d’adopter des méthodes humaines », insiste Marie-Françoise Haye-Guillaud. D’où « le contrôle citoyen » vanté au passage par l’administration fiscale : une série de mesures qui, depuis l’année dernière, encouragent les entrepreneurs à faire part en amont de leurs questions et difficultés aux services fiscaux, afin de prévenir toute fraude éventuelle.
Néanmoins, souligne la directrice régionale, l’écrasante majorité des entreprises se montre irréprochable. « Nous avons progressé dans le civisme fiscal des professionnels entre 2013 et 2014 : nous sommes passés de 97,37 % à 97,59 % pour le taux de paiement spontané ! »
Un chiffre évalué en 2014 à 98,89 % pour les particuliers.
Thomas Dubois