(fil-fax 29/11/13)
L’avènement du pôle métropolitain de l’estuaire de la Seine s’effectue dans la douleur. Les institutions consultées ont émis des avis contradictoires pour ce projet qui implique deux régions et trois départements. La Basse-Normandie a fait savoir qu’elle ne pouvait émettre un avis favorable tout en indiquant qu’elle ne voulait pas « figer sa position ». Jean-Karl Deschamp, vice-président PS, estime que ce pôle va à l’encontre de « la dynamique en cours dans la vallée de la Seine » et aboutirait « à la fracture du Pays d’Auge ». La Haute-Normandie s’est clairement opposée au projet en faisant valoir que le périmètre initial s’était réduit avec la défection d’intercommunalités de la rive gauche. « Nous ne sommes pas hostiles à ce pôle mais à condition que son périmètre soit cohérent», indique Dominique Gambier vice-président PS, en relevant l’absence de Honfleur, la première localité d’importance outre Seine.
Du côté des départements, la Seine-Maritime n’a pas délibéré ce qui vaut acquiescement, le Calvados a voté comme la Basse-Normandie et l’Eure a émis un avis défavorable. Le Calvados a indiqué préférer un rapprochement entre Le Havre et Caen qui permettrait de constituer « un pôle métropolitain de la Baie de Seine où le Pays d’Auge tout entier jouerait un rôle charnière ». Pour leur part, les Commissions départementales de coopération intercommunale (CDCI) ont voté contre dans le Calvados et l’Eure et pour en Seine-Maritime, à une large majorité (36 pour, 3 contre et 8 abstentions). Globalement, les clivages ne recouvrent pas la fracture droite-gauche. Parmi les partisans du pôle figurent le maire du Havre Edouard Philippe (UMP) ou celui de Deauville Philippe Augier (UDI) mais aussi les communistes seino-marins, les socialistes de Fécamp ou encore le maire PRG de Louviers Franck Martin. L’opposition au pôle pourrait-elle venir des capitales régionales méfiantes face aux velléités d’organisation du Havre ? C’est ce que croit le socialiste havrais Camille Galap qui voit dans cet épisode une expression de la « rivalité » entre Havrais et Rouennais.
Quoi qu’il en soit, Edouard Philippe estime que le vote de la CDCI de Seine-Maritime doit permettre à l’Etat de lancer le projet en l’état, même en l’absence de certaines intercommunalités de la rive gauche. En revanche, il émet une fin de non-recevoir à la proposition d’axe Caen-Le Havre évoqué en Basse-Normandie : « Caen n’a jamais regardé du côté du Havre. Cette proposition vise essentiellement à faire la nique à Rouen. Je ne suis pas là pour ça ». Les partisans du pôle espèrent sa mise en place au premier janvier 2014 pour un lancement en grande pompe au printemps avec un festival baptisé Terre d’eaux.
Une démarche qui remonte à 1995
Ce projet de pôle prend ses racines dans le Comité des élus de l’estuaire de la Seine créé en 1995 par Antoine Rufenacht alors maire UMP du Havre. Il comptait initialement 25 intercommunalités (8 en Seine-Maritime dont la Codah, 6 dans l’Eure et 11 dans le Calvados) rassemblant 472 communes et 610.000 habitants. Dans l’esprit de l’ancien ministre, cette ébauche de structuration devait conduire à la création d’une vaste communauté urbaine à vocation maritime.
Mais les élus ont majoritairement rejeté un système aussi intégré lui préférant une union souple. Le choix s’est porté en 2010 sur la nouvelle formule du pôle métropolitain qui offre la possibilité d’engager des projets en commun mais uniquement sur la base du volontariat. Toutes les intercommunalités engagées dans la démarche en Seine-Maritime ont adhéré à la formule mais seulement une dans l’Eure et deux dans le Calvados. Ces dernières représentent toutefois les pôles urbains les plus importants rive-gauche (Deauville et Lisieux).
Philippe Augier, le maire UDI de Deauville, veut voir dans les défections qui réduise la population concernée par le projet à 490.000 habitants une manifestation de « la prudence augeronne » mais pas une réelle opposition. « Ces communautés veulent voir comment cela fonctionne avant d’adhérer », assure-t-il. En revanche, il se montre sévère vis-à-vis de la position hostile du maire DVD-écolo de Honfleur, Michel Lamarre, qu’il met sur le compte d’une « vieille animosité » remontant à des polémiques concernant Port-2000. « C’est une erreur stratégique qui prive Honfleur d’une communauté de projets avec Le Havre », regrette-t-il.
Dominique Aubin





